1. Votre parcours artistique est assez singulier. Qu’est-ce qui vous a amené à devenir à la fois comédien et pédagogue ?
J’ai 44 ans, je suis marié et père de deux enfants. Je me suis formé au contact des gens et non dans un cursus de conservatoire. J’étais animateur au sein de la Marine nationale et j’ai appris mon métier de comédien auprès des militaires et de leurs familles.
Ma femme est partie travailler au Brésil, puis aux Pays-Bas. Je l’ai suivie tout en me faisant la promesse de devenir comédien professionnel. Les seules opportunités concrètes qui se sont présentées étaient de donner des cours de théâtre à l’Accueil de São Paulo et au Lycée français Pasteur. Puis, ici aux Pays-Bas, au Lycée Van Gogh avec l’Alliance française et à l’Accueil de La Haye avec les Stampapotes.
2. Vous utilisez des techniques très différentes : théâtre, mime, clown, mouvement, danse, voix… Comment définiriez-vous votre méthode de travail ?
Mes maîtres inspirants sont Jacques Lecoq, Étienne Decroux, Yoshi Oida et Dario Fo.
Selon moi, il faut créer de l’espace pour être disponible, à travers la respiration, le corps et la voix. Ces bases sont pratiquées dans tous les arts de la rue et de la scène.
J’ai commencé en allant voir les autres, le visage neutre, blanc. Mon corps avait alors tout l’espace pour partager, écouter et donc jouer. Nous sommes avant tout un corps. Ma méthode est de partir de là pour aller ensemble plus loin. Ensuite, le texte et la situation seront sublimés par notre outil : le corps, enfin apprivoisé et libre.
3. Dans votre travail, vous semblez chercher moins à « fabriquer un personnage » qu’à faire émerger quelque chose de personnel chez l’acteur. Est-ce votre conception du métier ?
S’exposer aux autres demande beaucoup de confiance et de sincérité. À 6 ans, on le fait tous parfaitement. Puis la vie nous resserre et nous canalise.
Pour être juste et inspirant, généreux avec ses camarades de jeu, je vous ramène à cette « zone enfant ».
4. Lorsque vous enseignez, qu’est-ce que vous cherchez réellement à transmettre à vos élèves ?
Être présent en soi par la respiration et le travail du masque neutre. Être disponible et à l’écoute grâce à la confiance dans les autres, via l’improvisation. Être généreux et captivant par la répétition des mots et des déplacements, puis explorer l’animalité de la commedia dell’arte.
5. Aujourd’hui, qu’aimeriez-vous que les personnes qui travaillent avec vous soient capables de faire qu’elles ne savaient pas faire auparavant ?
Je vais utiliser une expression un peu « cash » : être à l’aise dans le malaise.
6. Faut-il déjà avoir une expérience du théâtre pour participer à ton atelier, et qu’est-ce que tu proposes concrètement pendant une séance ?
Je ne recherche pas des comédiens ou des comédiennes, mais Monsieur et Madame Tout-le-monde ! Si tu as envie de te découvrir, de te raconter et surtout de t’amuser, alors viens !
On se retrouve généralement pendant deux heures.
On se pose ! La première heure, on se familiarise avec un outil, une méthode de jeu.
On ose ! La deuxième heure, on pratique et on improvise.
Et surtout, à la fin, on s’applaudit !
7. Quand on est expatrié francophone aux Pays-Bas, qu’est-ce que ton atelier peut nous apporter, au-delà du théâtre ?
Une expatriation, seul ou en famille, est toujours éprouvante. Alors on s’autorise un état des lieux, physique et mental.
On s’ouvre à l’inconnu, à la situation et aux autres : le corps, la culture.
S’expatrier nous impose parfois une obligation de réussite envers ceux qui sont restés au pays. C’est inconscient, mais naturel.
Alors, on se relaxe.
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